
Le véritable esprit des trolls norvégiens ne se trouve pas dans les boutiques de souvenirs, mais gravé dans le paysage lui-même. Cet article vous apprend à voir la Norvège non comme une simple destination, mais comme un livre de contes à ciel ouvert. En déchiffrant les indices cachés dans les rochers, les forêts et même l’architecture, vous découvrirez comment le folklore ancestral offre une clé de lecture unique et mystérieuse pour comprendre l’âme de ses paysages.
Oubliez un instant la figurine de troll kitsch, ce souvenir souriant et un peu pataud que l’on trouve à chaque coin de rue en Norvège. Le véritable cœur du mythe, son essence brute et sauvage, ne réside pas dans ces bibelots. Il dort dans la pierre, murmure dans le vent qui siffle entre les fjords et observe depuis l’ombre des forêts denses. Pour le voyageur curieux, la Norvège offre une expérience qui dépasse le simple tourisme : une immersion dans ce que l’on pourrait appeler la « géomythologie », où chaque formation rocheuse, chaque cascade et chaque vallée est un chapitre d’une saga millénaire.
Bien sûr, on peut parcourir la célèbre route Trollstigen et s’émerveiller de sa construction audacieuse. Mais si la véritable aventure n’était pas de rouler sur l’asphalte, mais d’apprendre à lire le paysage lui-même ? Si chaque rocher aux formes étranges était la dépouille pétrifiée d’une créature nocturne surprise par l’aube ? C’est cette perspective que nous allons adopter. Cet article est une invitation à chausser les bottes d’un folkloriste et à partir sur la trace des trolls, non pas comme des monstres de contes de fées, mais comme les architectes invisibles de l’imaginaire norvégien.
Nous allons explorer ensemble comment ces légendes persistent et continuent de façonner la perception et même le respect que les Norvégiens portent à leur nature. Des rochers au nom évocateur aux symboles mystérieux gravés sur les églises en bois, nous apprendrons à déchiffrer ce langage secret. Préparez-vous à voir la Norvège non plus avec les yeux d’un touriste, mais avec ceux d’un conteur.
Cet article vous guidera à travers les multiples facettes de cet héritage vivant. En suivant le fil des légendes, nous découvrirons comment le folklore offre une grille de lecture fascinante pour appréhender la culture et la géographie norvégiennes.
Sommaire : Sur la trace des Trolls, décoder les paysages légendaires de Norvège
- Pourquoi les Trolls se changent-ils en pierre à la lumière du soleil ?
- Comment identifier le « Trollpikken » et autres rochers légendaires sur une carte ?
- Hunderfossen ou Senjatrollet : quel parc offre l’expérience la plus authentique ?
- L’erreur de déplacer les cairns de pierres qui fâche les « esprits » locaux
- Quand les légendes de Huldra servaient-elles à éduquer les enfants imprudents ?
- Comment lire les motifs de dragons entremêlés sur les portails ?
- Où trouver ces trous parfaits creusés par les tourbillons glaciaires ?
- Comment Maihaugen recrée-t-il la vie rurale du 18ème siècle mieux qu’un livre d’histoire ?
Pourquoi les Trolls se changent-ils en pierre à la lumière du soleil ?
Au cœur de l’imaginaire norvégien se trouve une règle fondamentale : le troll et le soleil ne font pas bon ménage. Cette vulnérabilité à la lumière du jour n’est pas qu’un simple détail narratif, c’est le mythe fondateur qui lie intimement ces créatures au paysage. La légende raconte que ces êtres nocturnes, surpris par les premiers rayons de l’aube, se voient instantanément pétrifiés, se transformant en collines, en falaises ou en rochers solitaires. Cette métamorphose est la grande explication folklorique de la topographie si particulière du pays.
Ces histoires, transmises oralement de génération en génération, trouvent leurs racines bien avant les contes modernes. Comme le souligne Ane Ohrvik, professeur d’histoire culturelle à l’Université d’Oslo, bien que l’origine exacte soit floue, « vous les trouverez dans notre tradition narrative, et dans nos premières sources écrites, les sagas, du Moyen Âge« . Cette pétrification solaire est donc plus qu’une simple fable ; c’est une manière poétique de donner un sens et une âme au relief. Chaque montagne aux contours étranges, chaque formation rocheuse isolée dans une plaine, devient le témoin silencieux d’un drame mythologique.
Les récits varient, mais le principe demeure : l’exposition au soleil peut les faire éclater ou, plus communément, les changer en pierre. Ainsi, le paysage norvégien devient un véritable musée de trolls à ciel ouvert. Une randonnée en montagne se transforme alors en une chasse aux trésors légendaires, où l’on cherche à reconnaître, dans les formes torturées de la roche, le profil d’un troll au long nez ou la silhouette d’une créature massive surprise par le lever du jour.
Cette croyance transforme une simple observation géologique en une narration, faisant de chaque Norvégien et de chaque visiteur un potentiel découvreur de ces géants endormis.
Comment identifier le « Trollpikken » et autres rochers légendaires sur une carte ?
Identifier ces formations rocheuses légendaires ne requiert pas seulement de bonnes chaussures de marche, mais aussi un œil pour l’insolite et une oreille attentive aux histoires locales. Le « Trollpikken », ou « pénis du troll », est l’exemple le plus célèbre de cette « géomythologie » moderne. Il ne s’agit pas d’un monument antique, mais d’une formation rocheuse dont la forme phallique suggestive a capturé l’imaginaire collectif. Son identification sur une carte est aujourd’hui aisée grâce à sa notoriété, mais son histoire récente révèle à quel point ces symboles sont vivants dans la culture norvégienne.
Ce paragraphe introduit un concept complexe. Pour bien le comprendre, il est utile de visualiser ses composants principaux. L’illustration ci-dessous décompose ce processus.

Comme le montre cette image d’une carte topographique, le paysage est un entrelacs de lignes et de symboles. Apprendre à y lire les légendes, c’est superposer une carte mentale, celle du folklore, à la carte physique. En 2017, lorsque le Trollpikken fut vandalisé, une vague d’indignation nationale a conduit à un élan de générosité spectaculaire. Une collecte de fonds a permis de réunir quelque 227 000 couronnes (environ 24 000 euros) pour « recoller » le rocher. Cet événement prouve que le rocher n’était pas juste une pierre, mais un symbole culturel fort, dont la destruction a été perçue comme une profanation.
Étude de cas : La résurrection du Trollpikken
En juin 2017, des randonneurs découvrent le « pénis du troll » sectionné, gisant au sol. L’analyse des traces de forage dans la roche confirme un acte de vandalisme délibéré. Loin de se résigner, la communauté locale et des sympathisants de tout le pays se mobilisent. Grâce à une campagne de financement participatif, la somme nécessaire est réunie en quelques jours. Des ingénieurs et des entrepreneurs locaux ont ensuite uni leurs forces pour hisser la section de 12 tonnes et la ressouder à sa base avec du ciment et des barres métalliques. La « réparation » du Trollpikken est devenue un symbole de la résilience et de l’attachement des Norvégiens à leur patrimoine, qu’il soit naturel ou légendaire.
Pour trouver d’autres rochers de ce type, il faut donc souvent se fier aux noms de lieux (toponymie), aux guides locaux ou aux blogs de randonneurs qui partagent ces « secrets » bien gardés, transformant la lecture de carte en une véritable chasse au trésor folklorique.
Hunderfossen ou Senjatrollet : quel parc offre l’expérience la plus authentique ?
Pour les familles désireuses de rencontrer les trolls, la Norvège propose des expériences très différentes, oscillant entre le grand spectacle et l’art brut. Deux exemples illustrent parfaitement ce fossé : le parc familial d’Hunderfossen près de Lillehammer et le défunt Senjatrollet sur l’île de Senja. Si le premier est une destination touristique majeure, le second, aujourd’hui disparu suite à un incendie, représentait une vision beaucoup plus personnelle et artisanale du mythe.
Alors, entre une reconstitution commerciale et une œuvre d’art brute, où trouver l’écho le plus juste des légendes ? Le tableau suivant met en lumière les philosophies différentes de deux sites emblématiques.
| Critère | Hunderfossen | Senjatrollet (ancien) |
|---|---|---|
| Type d’expérience | Parc d’attractions familial grand public | Installation artistique artisanale |
| Public cible | Familles avec enfants | Amateurs d’art brut et folklore |
| Authenticité culturelle | Commercialisée, divertissement | Plus proche des traditions locales |
| Taille et envergure | Grand parc avec multiples attractions | Site plus intimiste |
Hunderfossen est un parc d’attractions complet, où le folklore norvégien est le thème principal. On y trouve des manèges, des spectacles et un immense troll de 14 mètres de haut qui garde l’entrée. L’expérience est conçue pour le divertissement de masse, polie et sécurisée. À l’inverse, Senjatrollet était l’œuvre d’un seul homme, Leif Rubach, qui avait construit le « plus grand troll du monde » abritant à l’intérieur un petit parc sur deux étages. C’était une création excentrique, profondément personnelle et ancrée dans une vision d’artiste, bien plus proche de l’art brut que de l’industrie du loisir.
Une troisième voie se dessine cependant, mêlant tradition et technologie. Au musée des trolls de Tromsø, par exemple, les visiteurs peuvent s’immerger dans cet univers d’une autre manière. Comme le raconte un guide de voyage, « les scènes des légendes sont recréées sous forme de magnifiques figurines faites à la main et rendues vivantes grâce à la réalité augmentée« . Cette approche suggère que l’authenticité ne réside peut-être pas dans la taille ou le style, mais dans la capacité à raviver la flamme du conte.
Finalement, l’expérience la plus « authentique » est peut-être celle qui laisse le plus de place à l’imagination, qu’elle soit stimulée par un manège, une sculpture étrange ou une animation numérique.
L’erreur de déplacer les cairns de pierres qui fâche les « esprits » locaux
En randonnée dans les montagnes norvégiennes, le voyageur tombe immanquablement sur des cairns, ces monticules de pierres empilées par des mains humaines. Pour beaucoup de touristes, y ajouter sa propre pierre est un geste anodin, une façon de marquer son passage. Pourtant, cet acte, en apparence innocent, est une erreur qui heurte à la fois des impératifs écologiques et des croyances profondément ancrées. En Norvège, comme ailleurs en Scandinavie, toucher à ces piles de pierres revient à perturber un ordre établi, qu’il soit pratique ou spirituel.
D’un point de vue pratique, les cairns traditionnels (varde en norvégien) sont des outils de balisage essentiels. Ils jalonnent les sentiers, guident les randonneurs dans le brouillard et assurent leur sécurité depuis des siècles. Multiplier les cairns « touristiques » ou modifier les cairns existants peut créer une confusion dangereuse, menant les marcheurs hors des sentiers battus et vers des situations périlleuses. Le principe du « ne laisser aucune trace » prend ici tout son sens.
Mais au-delà de la sécurité, il existe une dimension plus subtile. Dans le folklore, ces amoncellements de pierres ne sont pas inertes. Ils peuvent marquer des tombes anciennes, des frontières de territoires ou des lieux habités par des esprits (vetter). Déplacer une pierre, c’est prendre le risque de déranger ces esprits, de leur manquer de respect et de s’attirer leur courroux. Cette superstition, même si elle n’est plus prise au pied de la lettre par la plupart des Norvégiens, infuse encore une culture du respect de la nature. On ne perturbe pas l’environnement sans raison, une philosophie qui se traduit aujourd’hui par des préoccupations écologiques : déplacer les pierres détruit le micro-habitat de lichens, d’insectes et de petites plantes.
La meilleure attitude à adopter est donc celle de l’observateur respectueux : admirer les cairns anciens qui guident le chemin et résister à la tentation d’en construire de nouveaux, laissant ainsi le paysage et ses « esprits » en paix.
Quand les légendes de Huldra servaient-elles à éduquer les enfants imprudents ?
Si les trolls règnent sur les montagnes, les forêts profondes et les abords des cascades sont le domaine d’une autre créature fascinante : la Huldra. Cette créature féminine d’une beauté envoûtante, souvent décrite avec une queue de vache ou un dos creux comme une écorce d’arbre, est une figure ambivalente du folklore. Séductrice, elle peut attirer les hommes dans sa demeure pour ne jamais les laisser repartir, mais elle peut aussi se montrer bienveillante et aider ceux qui la respectent. Sa légende servait avant tout de récit édifiant, une mise en garde pour les imprudents s’aventurant trop loin.
Pour les communautés rurales, la forêt était à la fois une ressource vitale et un lieu de dangers. Les histoires de Huldra étaient un moyen efficace d’inculquer la prudence aux enfants et aux jeunes hommes. Ne t’éloigne pas du sentier, ne suis pas une belle inconnue, méfie-toi des apparences… Ces récits fonctionnaient comme des fables morales, où la Huldra incarnait les dangers de la nature sauvage et les tentations qui pouvaient mener à la perdition. Perdre un homme dans la forêt, qu’il soit victime d’un accident ou simplement parti, pouvait être expliqué par l’enlèvement par une Huldra, offrant un cadre narratif à une disparition tragique.
Ce folklore reste particulièrement vivace dans les communautés les plus isolées. Sur les îles reculées de Træna, par exemple, la guide locale Ramona Remmen partage encore aujourd’hui l’histoire de la « Huldra locale », prouvant que ces contes ne sont pas de simples reliques du passé. Comme le souligne un guide sur les légendes de la côte norvégienne, « les créatures mythiques les plus célèbres vivent dans les montagnes, les forêts, les grottes et la mer », des lieux qui continuent d’inspirer le respect et la crainte.

Ainsi, la légende de la Huldra transformait la peur de l’inconnu en une sagesse pratique, gravant les limites à ne pas franchir directement dans l’imaginaire des enfants.
Comment lire les motifs de dragons entremêlés sur les portails ?
En visitant les églises en bois debout (stavkirker) de Norvège, le regard est immédiatement captivé par la complexité des sculptures qui ornent les portails. Loin d’être de simples décorations, ces frises de dragons et de serpents entremêlés sont un langage visuel, un véritable texte théologique sculpté dans le bois. Elles racontent une histoire fascinante : celle de la transition entre la mythologie nordique et l’arrivée du christianisme. Apprendre à les « lire », c’est assister au dialogue, et parfois au combat, entre deux visions du monde.
Le style le plus célèbre est celui d’Urnes, visible sur le portail de l’église éponyme, un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ces sculptures du XIIe siècle représentent une version christianisée du Ragnarök, la fin du monde viking. On y voit un grand animal quadrupède (souvent interprété comme un lion, symbole du Christ) luttant contre des serpents (symboles du mal ou du paganisme). Le christianisme ne cherche pas à effacer la mythologie existante, mais à la réinterpréter. Il s’approprie ses symboles et les intègre dans une nouvelle narration, où le bien, incarné par le Christ, triomphe des forces du chaos nordique.
Pour le visiteur non averti, ces motifs peuvent sembler chaotiques. Pourtant, ils suivent une grammaire précise. En décomposant l’image, on peut commencer à en comprendre le sens. C’est une compétence qui s’acquiert, transformant la visite de ces monuments en une enquête iconographique passionnante.
Votre plan d’action : Décrypter les portails des églises en bois debout
- Identifier le ‘grand animal’ : Cherchez la figure principale, souvent un quadrupède ressemblant à un lion ou un dragon, qui représente la force dominante (souvent le bien ou le Christ).
- Repérer les entrelacs : Suivez les lignes sinueuses et les nœuds complexes. Ils ne sont pas juste décoratifs ; ils symbolisent l’interconnexion de toutes choses, un concept hérité de la pensée nordique.
- Reconnaître les serpents secondaires : Observez comment des serpents plus petits sont mordus par l’animal principal ou s’enroulent autour de lui, symbolisant la lutte contre les forces du mal.
- Observer la symétrie et le déséquilibre : Notez comment la composition crée une tension dynamique. L’équilibre n’est pas statique ; c’est celui d’un combat en cours.
- Comprendre la lutte cosmique : Synthétisez ces éléments pour voir la scène globale : une représentation de la victoire du christianisme sur le paganisme, utilisant le langage visuel familier du Ragnarök.
Chaque portail devient alors une page d’histoire, témoignant de la manière dont une culture se réinvente sans renier complètement ses racines.
Où trouver ces trous parfaits creusés par les tourbillons glaciaires ?
Dans le sud de la Norvège, le paysage rocheux est parfois percé de cavités étranges, des trous cylindriques si parfaits qu’ils semblent avoir été forés par une machine. Connues sous le nom de « marmites de géants » (Jettegryter), ces formations sont un autre exemple spectaculaire de géomythologie. Avant que la science n’explique leur origine, le folklore avait déjà fourni sa propre réponse : ces immenses chaudrons de pierre étaient utilisés par les trolls pour préparer leurs repas.
L’explication scientifique est tout aussi fascinante. Ces cavités sont le résultat de l’érosion glaciaire. À la fin de la dernière période glaciaire, les eaux de fonte s’écoulaient avec une force colossale. Lorsqu’un tourbillon se formait, il pouvait piéger une ou plusieurs pierres dures (les « moulins ») et les faire tournoyer sur place pendant des siècles, voire des millénaires. Ce mouvement de rotation incessant a lentement mais sûrement creusé la roche, créant ces puits parfaitement circulaires. Des sites comme Helvetesporten (« la Porte de l’Enfer ») à Gjerstad ou les marmites de Brufjellhålene offrent des exemples saisissants et accessibles de ce phénomène.
La légende des trolls cuisinant dans ces marmites est une tentative poétique de donner un sens à un paysage qui défie l’entendement. Elle humanise, ou plutôt « trollise », une force naturelle abstraite et surpuissante. Visiter ces sites, c’est donc faire un double voyage : un voyage dans le temps géologique, à l’époque de la fonte des glaces, et un voyage dans l’imaginaire folklorique, au temps où les géants peuplaient la terre. La visite de ces lieux, souvent situés dans des zones sauvages et escarpées, requiert cependant une certaine préparation et le respect des consignes de sécurité en montagne, comme suivre les sentiers balisés par des cairns ou des « T » rouges.
Se pencher au-dessus d’une de ces marmites, c’est regarder dans un puits qui mène à la fois au cœur de la terre et au cœur des légendes norvégiennes.
À retenir
- Le paysage comme texte : Le folklore norvégien offre une grille de lecture où chaque rocher ou forêt est un symbole, transformant la géographie en une histoire vivante.
- Un folklore vivant et influent : Loin d’être de simples contes du passé, les légendes de trolls influencent encore la culture, le respect de la nature et même des actions communautaires modernes.
- La puissance du syncrétisme : L’identité culturelle norvégienne s’est construite sur la capacité à intégrer et réinterpréter les mythes anciens à la lumière de nouvelles croyances, comme en témoignent les églises en bois debout.
Comment Maihaugen recrée-t-il la vie rurale du 18ème siècle mieux qu’un livre d’histoire ?
Après avoir traqué les trolls dans les paysages naturels et décrypté leurs symboles dans l’art médiéval, le voyageur pourrait se demander comment cet héritage est activement préservé et transmis aujourd’hui. La réponse se trouve peut-être à Lillehammer, au musée en plein air de Maihaugen. Plus qu’un musée, Maihaugen est une machine à remonter le temps qui réussit là où les livres échouent souvent : il ne raconte pas l’histoire, il la fait vivre.
L’ampleur du site est déjà une déclaration en soi. Présentant plus de 200 maisons historiques du XIIIe siècle à aujourd’hui, il s’agit du plus grand musée en plein air de Norvège. Mais sa véritable magie ne réside pas dans sa taille, mais dans son approche immersive. Plutôt que de présenter des objets derrière des vitrines, Maihaugen a reconstitué des fermes, des ateliers et des maisons entières, peuplés d’animateurs en costume d’époque. On ne lit pas une description du travail du forgeron ; on sent la chaleur du feu et on entend le martèlement du marteau sur l’enclume.
Cette approche vivante est ce qui crée une connexion émotionnelle et sensorielle avec le passé. Un visiteur le résume parfaitement : « Il était agréable de terminer par une visite au musée en plein air de Maihaugen, où divers guides ont transmis l’histoire avec une bonne expérience« . Cette « expérience » est la clé. En rencontrant des « habitants » du 18ème ou 19ème siècle, en les regardant pratiquer des savoir-faire ancestraux, le visiteur ne consomme pas de l’information, il participe à une reconstitution. C’est dans ce contexte que les contes de trolls, les superstitions et les croyances rurales prennent tout leur sens, car ils faisaient partie intégrante du quotidien de ces gens.
En sortant de Maihaugen, le voyageur n’a pas seulement appris des faits sur le passé ; il a ressenti un écho de ce qu’était la vie dans ce paysage façonné par le travail, les saisons et les légendes. C’est peut-être la plus belle façon de conclure cette quête sur la trace des trolls : en comprenant que ces histoires sont indissociables de la vie des hommes et des femmes qui ont habité et modelé cette terre.